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Une famille amiénoise victime de la Shoah : archives de la famille Schulhof-Lévy.

Lettre de Raymond Schulhof et Lucie Lévy écrite le 21 janvier 1944, dans un wagon du convoi de déportation vers le camp d'Auschwitz

    Cote : 134J10 21 janvier 1944

     

    Description physique :
    Couleur : Couleur / Noir et blanc
    Type de document : Manuscrit
    Dimensions : 15 x 21 cm

     

    Lieu de conservation : Ginette Schulhof Hirtz

    Documents numérisés : 5 documents
    • 5 images


    Présentation du contenu :
    Il s'agit de la dernière lettre de Raymond et Lucie Schulhof écrite à l'attention de leurs enfants. Cette lettre de quatre pages a été écrite dans le wagon du convoi n° 66. Trois pages sont de la main de Raymond et une page de la main de Lucie.
    La lettre originale a été photographiée par les Archives départementales de la Somme le 19 novembre 2012 avec l'autorisation de Ginette Schulhof Hirtz. Une copie sur papier photo a également été reproduite.
    Une transcription de cette lettre a été réalisée. Certains mots pour lesquels un doute persiste, certains mots non déchiffrés et certains passages effacés sont indiqués entre [crochets].
    Raymond Schulhof écrit :
    le 21/1/44,
    Nous sommes arrivés ici le soir même à 23h après un bon voyage au cours duquel la femme de [Léo] nous a tous plaqués ! Bonne atmosphère ici où Louise a retrouvé quantité de copains dont la [soeur] de [Vitz] en très bon état ainsi que le [môme] Claude, etc. etc.
    La nourriture est fort copieuse et très suffisante, deux fois par semaine un quart de pinard, une fois un oeuf dur, une autre de la viande. Puce et Papy sont aux patates tous les matins de 8h à [...]h, cela leur fait les pieds.
    Bien entendu, il est question d'un départ imminent et auquel nous n'échapperons certainement pas. Nous serons en bonne compagnie avec de braves gens de l'Est, les [Ferdinand] ! et un personnage militaire important que nous avions reçu il y a 20 ans à la maison.
    Quel mélange d'individus autour de soi, tu dois te rappeler [vieille Zaza], à cet égard rien n'a dû changer.
    Je suis sûr que vous avez organisé votre petite vie et que vous saurez vous en tirer jusqu'au bout, qui ne doit plus être très loin à en juger les bobards qui circulent depuis que nous sommes ici.
    Vous êtes entourés de tant de bons amis que réellement, nous n'avons aucun souci en ce qui nous concerne et n'avons plus qu'à penser à nos carcasses.
    Ils vous faudra beaucoup de patience et peut-être vous sera t'il possible de venir nous retrouver dès que les hostilités seront terminées. Le voyage dans ce sens paraissant devoir être plus facile que dans l'autre sens où il y aura beaucoup [d'amateurs].
    Vous voudrez bien dire à [...] qu'il fasse au mieux [...] conserve qu'un 1/4 en papier, ce qui me paraît sage. [...] au sujet des produits dont vous pourrez avoir besoin, ils ne vous laisseront pas tomber. [...] auxquels vous pouvez aussi vous adresser.
    Je pense que tiot René aura pu sauver pas mal de choses dont celles qui vous sont indispensables et si seulement ils avaient pensés à tes notes et tes bouquins, vieille [Mimi]. Et toi vieux [Feyot] pas de chance avec tes jouets une fois encore abandonnés ! On se rattrapera bien vite, vous verrez. Gardez surtout un moral excellent. Vous savez bien que c'est moins dur une fois qu'on est dans le bain.
    Remerciez bien les Philippe, Léon, Michel, Lucien, Eugénie et Yvonne, dont l'attitude nous a fait tant de bien au moment de notre départ. Mille mercis aussi à Louis et sa digne épouse qui n'ont pas manqué de vous entourer et de vous aider j'en suis sûr.
    N'attendez plus d'autres nouvelles afin de ne pas être déçus et vous ne doutez pas, n'est ce pas, que nous allons partir avec le sourire... et à la française.
    Tendres baisers, toutes nos pensées sont avec vous et tous nos amis. Dites à Eva et à Jean toute notre affection. Je pense encore bien souvent à lui qui doit moins bien supporter tout cela.
    Lucie Schulhof écrit à la suite de son mari :
    Ne vous faites surtout aucun souci pour nous, on n'exagère vraiment quand on est de l'autre côté. Je m'en rends compte maintenant et même là-bas nous serons seulement malheureux d'être ici si loin de vous. Certainement les conditions matérielles sont les mêmes qu'ici.
    Les gens qui vous entourent sont charmants et dans le wagon nous avons le droit de choisir nos compagnons de voyage, un vrai train de plaisir.
    Je ne me fais pas trop de souci, notre grande Gigi sera la maman et je sais que vous êtes entourés par de bons amis qui nous remplaceront j'en suis sûre.
    Remerciez-les de ce qu'ils font pour vous. Et puis, je suis tellement sûre que nous nous reverrons bientôt.
    Mémère est épatante, du reste tous sont courageux. La jeunesse danse le swing tous les soirs et chante en faisant les pluches. Papa ne fait pas grand chose, une patate à l'heure. La maman de Zozo est partie il y a un mois avec Jean et tous les collègues de Papy.
    Surtout, ne pensez pas que nous sommes malheureux et ne vous privez de rien.
    C'est [Feyot] que je charge de vous embrasser comme je voudrais tant le faire.
    Pussy
    Lucie Schulhof ajoute dans la marge ces quelques mots :
    Il fait une chaleur étouffante, il y a le chauffage central qui marche à fond de train. Lumière jusqu'à 10h.
    Que Léon ne s'étonne pas s'il reçoit de divers côtés un conseil que Papy répète encore dans cette lettre.


    Mots-clés matière : Guerre 1939-1945 ; HISTOIRE DE GUERRES ; déportation ; déporté ; histoire de la communauté juive ; juif
    Mots-clé lieu : Bobigny
    Mots-clés personne : Lévy (Schulhof) Lucie (1901-1944) ; Schulhof Raymond (1898-1944)

    Lien permanent : http://archives.somme.fr/ark:/58483/a011355834693ihykiu