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Bibliothèque historique des Archives départementales de la Somme

Textes et Documents sur la Somme (TDS) n°80. "Une histoire de 1 500 ans : Les abbayes de la Somme du Moyen-Âge à nos jours"

    Cote : 184 REV 81 2009

     

    Description physique :
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    Type de document : Revue

     

    Lieu de conservation : Archives départementales de la Somme

    Documents numérisés : 1 document
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    Auteur :

    Présentation du contenu :
    Installation des abbayes et ordres monastiques :
    Les premières traces d'évangélisation de la Picardie remontent au IIIe siècle et se poursuivent avec l'arrivée des missionnaires d'outre-Manche qui convertissent un habitant de Centule. Il donne son nom au village de Saint-Riquier et à la communauté religieuse qui y est fondée.
    Le pouvoir royal favorise également l'implantation religieuse dans le département avec la création de l'abbaye de Corbie au VIIe siècle.
    Les invasions normandes ruinent ces grands établissements, qui ne se relèvent que très difficilement. Sous l'impulsion du Clergé et des seigneurs locaux, de nouvelles abbayes, plus pauvres et plus austères, sont créées au XIIe siècle.
    L'ensemble de ces monastères n'adopte pas les mêmes règles monastiques. Certaines, comme l'abbaye Saint-Michel de Doullens, adhèrent à la règle bénédictine qui s'impose à partir du concile d'Aix-la-Chapelle en 817. D'autres obéissent à la règle cistercienne comme à Valloires. Certaines se soumettent à la règle des chanoines réguliers. Enfin, l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré, fondé par Saint-Norbert en 1120 dans le diocèse de Laon, se développe très rapidement. Les abbayes de Saint-Jean d'Amiens et de Notre-Dame de Séry (commune de Bouttencourt) en dépendent.
    L'architecture monastique :
    La disposition des lieux est souvent similaire d'une abbaye à l'autre. L'âme de l'abbaye est l'église abbatiale devant laquelle s'étend le parvis. Contre l'église se trouve le cloître, lieu de déambulation des moines. Certaines abbayes en possèdent plusieurs. Un chauffoir où les moines peuvent se retrouver l'hiver lui est adjoint.
    La salle capitulaire s'ouvre sur une des galeries du cloître où la communauté se regroupe pour tenir chapitre. À ces locaux il convient d'ajouter la bibliothèque, le réfectoire, les cuisines, le dortoir ou les cellules, l'infirmerie, l'hôtellerie. Primitivement, l'abbé couche au dortoir avec les autres religieux. Avec la mise en place du régime de la commende, au début du XVIe siècle, les abbés se font construire leur propre logis pouvant, dans certains cas, s'apparenter à de véritables palais.
    La vie quotidienne d'un moine :
    Les établissements monastiques se divisent dans la France d'Ancien Régime en deux catégories : les abbayes monastiques peuplées essentiellement de cisterciens ou de bénédictins et les abbayes de chanoines réguliers habitées par des augustins ou des prémontrés.
    Trois grands groupes de religieux animent les monastères : les religieux qui ont prononcé leurs voeux appelés moines profès ou moines de choeur, les convers, qui ont la charge des tâches matérielles, et les novices, qui se préparent à devenir moines.
    A la tête de ces différents groupes, l'abbé ou l'abbesse administre et dirige l'abbaye. Personnage clef dans l'organisation monastique, il possède à l'égard des religieux les droits mais aussi les devoirs d'un père spirituel. L'abbé est élu par la communauté selon les règles en vigueur. En 1516 le concordat de Bologne permet au roi de France de nommer les titulaires des dignités ecclésiastiques.
    Le chapitre, formé de l'ensemble des moines profès, aide l'abbé dans sa charge. Il gère les problèmes administratifs, intervient dans l'élection de l'abbé et contrôle l'admission des novices à la profession. Le conseil des Anciens, quant à lui, examine avec l'abbé les affaires à proposer au chapitre et veille à maintenir l'abbaye dans l'observance de la règle originelle de la communauté.
    L'abbé est secondé par le prieur. L'abbé confie également aux moines divers offices dont le nombre varie selon l'importance de l'établissement. Les frères convers s'occupent de tout ce qui a trait à la gestion quotidienne des biens de l'abbaye : l'élevage, le défrichement, les cultures, la construction et la réparation des bâtiments et l'achat et la vente des produits sur les marchés. Le quotidien d'un moine est ponctué par des temps consacrés à la prière et des temps de travail manuel ou intellectuel. La règle bénédictine découpe la journée en "heures" dont la durée varie en fonction des saisons et du lever et coucher du soleil. Jusqu'au XIIIe siècle (à l'avènement de l'horloge mécanique), les heures de la nuit commencent au coucher du soleil et le jour s'écoule également sur douze heures. Les heures se répartissent entre les vigiles, laudes, prime (au lever du soleil), tierce (vers 8 heures en été et 9 en hiver), sexte (midi), none (vers 16h30 en été et 14 heures en hiver), vêpres et complies. Huit offices quotidiens rassemblent les moines à l'église et sont précédés de prières individuelles. Les activités communautaires des repas et des lectures s'intercalent entre les messes privées et le travail. Selon la règle le silence est imposé sauf en cas d'événement imprévu comme l'incendie ou le vol.
    Dans certaines abbayes, les religieux sont chargés de recherches érudites. Ainsi à Corbie, un haut lieu de culture, des moines copient les livres saints et créent un nouveau style calligraphique en inventant la caroline.
    Biens spirituels et biens temporels :
    Dès le IIe siècle, les chrétiens portent une vénération aux restes des martyrs. Les communautés se réunissent auprès de la tombe du saint pour commémorer le jour de sa naissance au ciel, c'est-à-dire de sa mort. Les découvertes de corps saints se multiplient alors et l'interdiction de partager les corps saints formulée par le pape au VIIIe siècle n'est absolument pas respectée.
    Eglises et monastères possédant des reliques deviennent des centres de pèlerinages plus ou moins importants selon la renommée du saint. Les invasions normandes provoquent l'exode des moines. Chargés de leurs reliques, ils multiplient les centres de culte. Les vols de reliques s'accroissent.
    Abbayes et cathédrales s'enrichissent de nombreuses reliques enchâssées dans de somptueux reliquaires d'orfèvrerie : châsses en forme d'église, reliquaires parlants à la forme du membre conservé (bras, pied, chef). Le retour de la IVe Croisade voit l'afflux depuis Constantinople de reliques extrêmement prestigieuses dans les abbayes du diocèse d'Amiens, notamment Corbie.
    Parallèlement à ces richesses spirituelles, les abbayes possèdent de nombreux domaines provenant de dotations : bois, terres à labours, prairies, domaines seigneuriaux. Il n'est pas rare de voir des abbayes posséder plusieurs seigneuries et des châteaux dans les villages environnants.
    Le cellerier, ou économe de l'abbaye, est chargé de la gestion de tous ces biens. Il inspecte et dirige les rivières, les marais et tout ce qui en dépend comme la pêche ; il s'occupe des coupes de bois. Les cens, rentes foncières et autres redevances forment une bonne partie des revenus du clergé au Moyen Age. Ces redevances ne forment cependant plus qu'un maigre revenu à la fin du XVIIIe siècle ; malgré la dévaluation de la valeur de la monnaie, aucune réévaluation des montants des redevances ne fut opérée. Les dîmes viennent ensuite. On nomme ainsi une portion des fruits de la terre et des troupeaux que les fidèles payent à l'église pour l'entretien de ses ministres. Malgré l'étymologie du mot, la dîme n'est pas toujours la dixième partie des fruits. La perception se fait généralement en nature.
    La fin des abbayes : disparition, reconversion
    Les établissements religieux sont les premiers à être touchés par les lois révolutionnaires. Dès le 2 novembre 1789, l'Assemblée nationale décrète, sur proposition de Talleyrand, la mise des biens du Clergé à la disposition de la Nation en vue de combler le déficit budgétaire du royaume. Un nouveau décret, en date du 13 février 1790, interdit les voeux perpétuels et supprime toutes les congrégations religieuses n'ayant pas une activité enseignante, hospitalière ou charitable. Les municipalités sont alors chargées de dresser l'inventaire des biens des établissements et de recevoir les intentions des religieux encore présents.
    Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du Clergé est adoptée. Bien que ce texte n'intéresse pas au premier chef le clergé régulier, il entraîne de grands déchirements religieux et politiques dont les anciens moines et moniales subissent les effets. En 1792, une série de décrets encore plus radicaux en matière religieuse est votée par l'Assemblée législative. Ainsi, le 14 août, un décret oblige l'ensemble des fonctionnaires et des pensionnés de l'Etat, et par conséquent les anciens religieux, à prêter serment de fidélité à la Nation, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant. Le 18 août un nouveau décret supprime les dernières communautés religieuses subsistantes, impose la fermeture des derniers monastères et prohibe le port public de l'habit ecclésiastique. Centenaires, parfois même millénaires, les abbayes disparaissent en quelque temps laissant le département vide d'organisation religieuse régulière. Au lendemain de l'abandon par les communautés monastiques des abbayes, les bâtiments se retrouvent vides, vestiges imposants d'un autre temps. Se pose alors le problème de la perpétuation de leur existence, de l'entretien du souvenir et de la (ré)utilisation.
    Certaines abbayes font les frais des grands aménagements urbains du XIXe siècle, comme Saint-Martin-aux-Jumeaux à Amiens, ou subissent des destructions pendant les deux conflits mondiaux. À Allaines, l'abbaye du Mont-Saint-Quentin, transformée peu après la Révolution en hôpital militaire, disparaît en totalité pendant la Grande Guerre. Le privilège d'instruire dévolu aux abbés au Moyen-Age reste important : à Saint Jean d'Amiens, l'administration révolutionnaire installe le dépôt des livres et manuscrits confisqués aux autres abbayes, soit treize mille ouvrages, y compris les livres du cabinet d'histoire naturelle. L'Ecole Centrale s'y installe en l'an III puis le Lycée institué pour les départements de la Somme et de l'Oise en l'an XIII. L'église est détruite en 1800, les bâtiments servent de lycée jusqu'aux destructions de 1940. Une nouvelle fois restaurée, l'abbaye abrite désormais la faculté de pharmacie d'Amiens. L'abbaye de Ham abrite aussi un établissement scolaire depuis 1935.
    L'entretien de bâtiments qui tombent parfois en ruines implique de lourdes dépenses pour les municipalités, ainsi que pour les services du ministère de la Culture. Le classement ou l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques permet de sauvegarder et d'entretenir les lieux. Il faut trouver de nouvelles fonctions et la configuration des locaux se prête aussi à l'accueil d'activités industrielles, notamment de filature.
    La période contemporaine réutilise de manière parfois iconoclaste des lieux qu'elle vide de leur sens premier. C'est un parc zoologique qui est installé au Gard dans les années 1960 avant que le domaine ne devienne en 2002 une résidence avec appartements de standing. L'abbaye de Saint-Riquier achetée puis aménagée par le Conseil départemental en 1972, devient un centre culturel, qui anime l'ouest du département grâce à son musée, ses expositions et son festival de musique depuis 1984.
    A la différence d'autres départements, où certaines abbayes ont été rendues à leur vocation religieuse, il ne subsiste plus dans la Somme d'abbaye occupée par des moines ou des moniales.


    Mots-clés matière : ARCHITECTURE RELIGIEUSE ; HISTOIRE RELIGIEUSE ; abbaye ; bulle ; cartulaire ; chapitre ; clergé régulier ; cloître ; impôts ; pratique religieuse ; religion ; reliques ; stalle
    Mots-clé lieu : Amiens ; Argoules ; Berteaucourt-les-Dames ; Corbie ; Doullens ; Moreuil ; Picquigny ; Saint-Riquier ; Saint-Sauveur ; Somme
    Mots-clés personne : Ava, abbesse de l'abbaye Notre-Dame de Berteaucourt-les-Dames ; Geoffroy, évêque d'Amiens ; Henri Feydeau de Brou, évêque d'Amiens, abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux ; comte Enguerrand

    Lien permanent : http://archives.somme.fr/ark:/58483/a011322559100mBVQAY